Déclaration

Burundi : La paix est-elle envisageable face aux desseins de Nkurunziza?

La Tanzanie a-t-elle oublié son rôle traditionnel d’arbitre?

L’annonce de la révision de la constitution décidée par le conseil des ministres du 24 octobre 2017 est une menace sérieuse pour la paix au Burundi. Cette démarche est censée avoir été inspirée par un dialogue interne non inclusif, lancé le 19 janvier 2016 à Kirundo et inventé pour concurrencer, en bout de ligne, le dialogue externe et inclusif. Celui-ci est piloté par Benjamin Mkapa depuis mars 2016 et montre actuellement d’inquiétants signes d’essoufflement. Par ailleurs, la médiation Est-africaine semble n’avoir jamais eu d’objectifs clairs en ce qui concerne le retour de la paix au Burundi et demeure silencieuse, face à cette démarche vers l’abîme, le dialogue étant au point mort. Pire encore, le médiateur dans la crise burundaise, Benjamin Mkapa et le président tanzanien John Pombe Magufuli, affichent désormais, au grand jour, leur soutien au régime de Bujumbura; le tandem Mkapa-Magufuli semblant ouvrir vertement un boulevard au président Nkurunziza, sans aucune considération pour l’opposition externe.

Nombre de faits l’ont montré, parmi lesquels l’attitude dilatoire du médiateur Benjamin Mkapa qui a traité de fous les opposants au troisième mandat illégal de Nkurunziza, à la faveur d’une visite à Bujumbura et après un tête-à-tête avec le président burundais. Et tout dernièrement c’est encore l’attitude du président tanzanien qui fâche. Attitude qui intriguera d’ailleurs Radio France Internationale (RFI) quand, dans son édition du 20 juillet 2017, elle relatait les faits en ces termes : «Le président Magufuli a multiplié les gestes d’amitié et de soutien à son frère burundais, qu’il a accueilli en grande pompe dans la petite ville de Ngara, à une trentaine de kilomètres de la frontière des deux pays. Le Bulldozer, comme on le surnomme dans son pays, a plutôt appelé les plus de 200 000 Burundais réfugiés en Tanzanie à regagner le Burundi où règne la paix»! Bien plus grave encore, la Tanzanie joindra le geste à la parole, en rapatriant de force des centaines de réfugiés sous prétexte que la paix est revenue au Burundi!

Le dernier fait en date et l’un des plus symptomatiques de cette collusion est l’arrestation qui aurait été suivie par l’extradition illégale, le 21 octobre 2017, de quatre leaders du mouvement des Forces Populaires du Burundi (FPB), au mépris de toute éthique et surtout des lois internationales pertinentes en matière de protection des réfugiés et des extraditions.

Permettre à ce qui ressemble à un enlèvement de s’opérer sur le sol tanzanien est une démonstration de plus, s’il en fallait, que ce pays semble avoir définitivement choisi son camp et que la médiation est tout simplement vide de sens. Cela est d’autant plus vrai que du temps où le CNDD-FDD était encore dans le maquis, la Tanzanie abritait la médiation et servait en même temps de terre d’asile et de base-arrière à l’opposition armée d’alors qui n’a jamais été inquiétée. Néanmoins, cela n’a pas empêché le célèbre accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi de se conclure sur le sol tanzanien le 20 août 2000, après près de deux ans de négociations. Il sied de rappeler que ce même accord est l’émanation de la sagesse et de la détermination de la médiation d’alors, sans laquelle les acteurs burundais qui sont actuellement au pouvoir n’auraient pas pu y accéder. Enterrer cet accord que nombre d’observateurs qualifient de socle de paix et de stabilité au Burundi est donc une manière de rallumer la mèche qui était sur le point de s’éteindre.

Enfonçant le clou, au lieu de renforcer les mécanismes transitionnels de justice, le pouvoir s’est retiré définitivement du statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI), le 27 octobre 2017. Ce retrait est interprété par nombre d’observateurs et d’experts comme un aveu de culpabilité et une preuve que le Burundi veut poursuivre l’installation d’un régime de terreur à l’abri du regard gênant de la justice internationale. Ce que feint d’ignorer le régime actuel est que la compétence de la CPI demeure pour les crimes commis avant la date de ce retrait effectif. Ces crimes ont été bien documentés par une société civile très active et sont suffisamment graves et nombreux pour peser lourdement sur les épaules des maîtres de Bujumbura.

Il s’agit, au demeurant, d’une démonstration de plus que l’intransigeance des autorités burundaises observée depuis avril 2015 ne vise rien d’autre que le pouvoir à vie, qui commence par la révision de la constitution sur une base non consensuelle et par voie de conséquence, l’enterrement de l’accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi. Mais il est ici une question que l’on ne peut, ne pas se poser : où est passé le rôle traditionnel de la Tanzanie dans tout ça, ce pays qui, naguère, avait des outils aussi terribles que l’embargo pour faire fléchir un pouvoir si sûr de lui et enjoindre les acteurs à négocier? Pourquoi les victimes d’aujourd’hui et le demi-million de réfugiés burundais se trouvent abandonnés par la Communauté Est-africaine en général et la Tanzanie en particulier?

Face donc à cette situation qui est, on ne peut plus inquiétante, l’Alliance des Burundais du Canada plaide pour une médiation neutre, la proximité avec la Tanzanie faisant désormais partie du problème et non de la solution pour le peuple burundais en général et pour l’opposition burundaise en particulier. Il est plus qu’urgent d’envisager un autre élan avant que le navire ne prenne l’eau de toutes parts et chavire pour de bon. Autant dire que si rien n’est fait pour empêcher Nkurunziza de nuire à toute chance de retour à la paix dans son pays, le Burundi risque d’être la mèche qui embrasera toute la sous-région des Grands lacs.

Fait à Ottawa le 11 novembre 2017

© L’Alliance des Burundais du Canada, l’ABC

 

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