Déclaration

Burundi -12 décembre 2015, le jour où le visage de l’horreur révulse la conscience humaine

Déclaration de l’Alliance des Burundais du Canada, ABC

Il y a deux ans jour pour jour, le monde se réveille sur des pleurs et des larmes au Burundi; c’est de l’innommable, s’accorde-t-on à dire. «Un bain de sang» est l’expression qui est sur toutes les lèvres  ce matin du 12 décembre 2015 quand, on découvre le visage de l’horreur perpétrée par, les forces du régime et les Imbonerakure. Le bilan est lourd et révulsant: plus de 200 personnes, des jeunes de surcroît habitant les quartiers de Nyakabiga, Musaga, Ngagara et Cibitoke.

Le mode opératoire des escadrons de la mort constitués des forces du régime, la police en particulier et les Imbonerakure est identique: une balle dans la tête, les mains liés derrière le dos et on enterre les morts à la va-vite, dans des fosses communes.

Dans le sillage de cette hécatombe, on observe une multiplication des cas de viols qui traumatisent les victimes et leurs familles, des emprisonnements arbitraires, des enlèvements et disparitions forcées, de la torture et de traitements inhumains et dégradants. Pour ajouter le drame au drame, les corps des victimes ne sont pas remis aux familles pour qu’elles puissent offrir aux leurs une sépulture digne, les défunts étant assimilés tantôt à des putschistes, tantôt à des ennemis de la démocratie, des appellations cyniques et mortifères utilisées par le pouvoir pour qualifier cette jeunesse la moins sensible aux discours de haine et de discrimination distillés quotidiennement  par les ténors du pouvoir illégal et illégitime de Bujumbura.

Deux ans après ce carnage, les présumés coupables de ces crimes contre l’humanité n’ont guère été inquiétés par la justice burundaise dépendante et assujettie aux ordres du pouvoir.  Le seul espoir repose donc sur le Tribunal pénal international qui a récemment entamé des enquêtes suite au rapport accablant, établi par la commission d’enquêtes des Nations Unies qui a conclu à l’existence d’indices probants que des crimes ont été commis par les forces de l’ordre et la milice Imbonerakure au service du pouvoir depuis le 26 avril 2015.

Malgré l’existence de ces crimes abominables dont il est comptable, le régime tyrannique de Bujumbura soutient  que la paix est redevenue une réalité au Burundi!
En cette journée de recueillement en mémoire des victimes du massacre du 12 décembre, l’ABC exprime encore une fois aux familles éprouvées son réconfort et son soutien.

En attendant que la justice burundaise recouvre son indépendance, l’ABC encourage la justice internationale d’accélérer les enquêtes, afin que les coupables de la tragédie du 12 décembre 2015 soient identifiés et traduits en justice.
L’ABC saisit cette occasion pour dénoncer le refrain actuel du pouvoir de Bujumbura selon lequel la paix serait redevenue une réalité. En effet,  tout observateur attentionné et de bonne foi ne se privera pas de constater que le Burundi est assis sur une bombe dont la mèche peut se rallumer à tout instant. La raison en est que le pouvoir de Bujumbura est déterminé à éviter tout compromis avec la vraie opposition qu’il qualifie de vivier de putschistes, et cela n’est pas sans risque.

La dernière preuve en date est ce dialogue sur lequel les lampions se sont éteints le 8 décembre 2017 à Arusha, sans que le moindre compromis ait été dégagé, les manœuvres et la mauvaise foi du pouvoir de Nkurunziza ayant réussi à bloquer toute possibilité de sortie de crise, qui passe forcément par le dialogue. Les autorités de Bujumbura n’ont qu’une idée en tête : tout faire pour remodeler la constitution à leur goût, peu importe le coût humain, politique et économique que toutes ces manœuvres sont susceptibles d’occasionner.

A l’heure où on écrit ces mots, l’invitation à la tenue d’un referendum, sensé autoriser le changement de la constitution et l’enterrement de l’accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi est déjà lancée!

Face donc à toutes ces réalités  de très mauvais augure, l’ABC demande ce qui suit :

  1. A la Communauté est-africaine (EAC):

– de faire le constat que le dialogue est impossible faute de médiation à même de s’élever au-dessus de la mêlée pour conduire ce travail avec méthode, neutralité et efficacité;

– d’avoir le courage d’avouer son incapacité à mener à bien cette mission et à passer le témoin à d’autres acteurs plus compétents, honnêtes et engagés, afin de sauver la paix au Burundi;

– d’épargner la sous-région de cette plaie, qui risque de se gangrener si elle n’est pas bien soignée.

  1. A la communauté internationale:

– de tout faire pour dissuader le pouvoir de Bujumbura dans sa démarche à enterrer l’accord d’Arusha en tripatouillant la Constitution qui en est issue;

– de garder à l’esprit qu’échouer dans la résolution de la crise burundaise, c’est faire le lit d’autres crises similaires;

– d’amener les autorités burundaises à reconnaître qu’il n y a point de salut à museler indéfiniment les voix discordantes.

Au terme de cette déclaration, l’ABC en appelle à la conscience humaine, et plus précisément à celle des décideurs internationaux, afin qu’ils volent au secours de ce pays pris en otage par une oligarchie sans foi ni loi qui tient à faire oublier cette crise, en tuant, violant et volant à huis clos.

Fait à Ottawa le 11 décembre 2017
© L’Alliance des Burundais du Canada, l’ABC

 

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